« Where are you from ? » Euh, j’ai le passeport suisse, mais c’est juste un papier, tu vois, en fait, je me sens pas très suisse, je…
Voilà en gros ce que je répondais, il y a dix ans, en voyage, quand on questionnait mes origines. Je n’étais pas fier. C’était l’après 6 décembre 92, l’âge d’or des fonds juifs et du rapport Bergier. Dix ans qu’il m’a fallu pour me réconcilier avec ce passeport rouge à croix blanche (vrai qu’un siècle et demi de paix est un argument). Mais maintenant.
J’ai rendez-vous avec Ayman Abdel Hadi, un journaliste du quotidien égyptien El Masry El Youm venu enquêter dans cette Suisse qui fait tant parler d’elle (en mal) ces derniers mois. Que lui dire ? Comment expliquer cet îlot décalé, à côté de la plaque, échappant aux conflits, à l’Europe, à la crise et aux prises de conscience ? Que dire de cette Suisse qui, suite à l’affaire Kadhafi, vient de fermer les portes de la Libye à presque tous les Européens ? De cette Suisse à l’écoute du premier populiste venu ? De cette Suisse attachée à son industrie guerrière et à son argent sale ? Faut-il espérer un débat sur l’identité ?... Non, mieux vaut relire Maurice Chappaz :
Voilà en gros ce que je répondais, il y a dix ans, en voyage, quand on questionnait mes origines. Je n’étais pas fier. C’était l’après 6 décembre 92, l’âge d’or des fonds juifs et du rapport Bergier. Dix ans qu’il m’a fallu pour me réconcilier avec ce passeport rouge à croix blanche (vrai qu’un siècle et demi de paix est un argument). Mais maintenant.

« Un petit pays dans la marge de paix qui resterait, sans liens rigides, avec un message, un devoir particulier de solidarité et de non-violence, pourrait être jugé fort utile et valoir plus que de l’or […] Neutralité ne signifie pas innocence, mais une différence créatrice. »
Ainsi s’adressait-il aux étudiants de Saint-Maurice en 1998 (Partir à vingt ans, 1999). Maurice Chappaz en profita pour régler ses comptes avec les banques privées « dont le secret s’avère nocif », ces entreprises qui n’ont, selon lui, aucune relation d’identité avec les citoyens du pays qui les héberge.
Que préconise alors Chappaz ? Agir plutôt que subir, aller vers la vérité sans se soucier de ses conséquences (assumer plus vaillamment la légitime arrestation du fils Kadhafi), faire œuvre humanitaire réfléchie (avoir refusé d’envoyer des sauveteurs en Haïti et se concentrer sur l’aide), s’affranchir des patriotismes de pacotille (voir au-delà des classements ATP et de l’or olympique), bref, faire partie de la « minorité active », redevenir la patrie des Droits de l’homme, rester « prudemment fier », comme le disait malicieusement Chappaz, et surtout se souvenir que « neutralité signifie solidarité ».
Que préconise alors Chappaz ? Agir plutôt que subir, aller vers la vérité sans se soucier de ses conséquences (assumer plus vaillamment la légitime arrestation du fils Kadhafi), faire œuvre humanitaire réfléchie (avoir refusé d’envoyer des sauveteurs en Haïti et se concentrer sur l’aide), s’affranchir des patriotismes de pacotille (voir au-delà des classements ATP et de l’or olympique), bref, faire partie de la « minorité active », redevenir la patrie des Droits de l’homme, rester « prudemment fier », comme le disait malicieusement Chappaz, et surtout se souvenir que « neutralité signifie solidarité ».