Douze heures de vol, huit fuseaux horaires, l’Extrême-Orient… et la curieuse
impression de me retrouver à la maison !
Deux îles. L’une au milieu de l’Union
européenne, l’autre dans l’Océan pacifique. Deux îles que plusieurs millénaires
d’histoire séparent, et pourtant.
En foulant le sol nippon, le
visiteur helvète y découvre son reflet, une caricature dans un miroir
grossissant.
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"Amitié" |
Le Japon, comme
la Suisse, c’est le jour et la nuit. Le jour, la norme, et la nuit, sa
transgression. La croissance et la décroissance, la fast et la slowlife, la
froideur et la gentillesse, la retenue et la générosité.
Aux heures
« ouvrables », le Japon
vérifie ses clichés : éthique du travail (une dizaine de jours de congé
par année), fatalisme docile (les inégalités ne sont que les conséquences
bouddhiques de réincarnations malheureuses), introversion consensuelle (ne jamais
perdre la face, ne jamais évoquer l’intime), politesse extrême (même les
distributeurs d’argent vous font des courbettes sur l’écran), propreté
obsessionnelle (on dormirait dans leurs toilettes publiques) et conformisme
citoyen (adapter son « moi » aux autres plutôt que l’imposer).
La nuit, c’est un
peu différent.
Au sortir du turbin, le Japon se
débride, s’oublie, se lâche et goûte aux saveurs du présent : plaisirs des
sens (excellence culinaire), plaisirs à la fois intimes et conviviaux (karaoké ou bains publics), plaisirs esthétiques (le quartier tokyoïte de Shibuya
est la nouvelle capitale mondiale de la mode), plaisirs naturels (les médias
anticipent la progression précise, du nord au sud, du rougissement des érables)
et plaisirs excessifs (une tournée de saké suffit pour que ces mêmes êtres
introvertis rencontrés le jour se mettent à se déhancher dans les boîtes de Raponggi).
Jamais en Asie, je ne m’étais
senti aussi proche d’un pays, aussi peu gaijin
(étranger). Voyager au Japon, c’est faire la connaissance de petits-cousins
éloignés, c’est retrouver une société à deux visages, laborieuse et festive, technologique
et traditionnelle, individualiste et conviviale, bref, une société comme la mienne,
branchée sur un moteur à deux temps.
Dans un univers
aussi familier, pas étonnant que - par le plus fou des hasards !!! - venu
déguster le célèbre bœuf de Kobe dans un minuscule restaurant de Kyoto, je me
casse le nez sur ce bon Marc, un ami exilé à Singapore depuis deux ans… un ami
de Morges !
Inutile d’ajouter
que ces retrouvailles se sont célébrées davantage sous le signe de la nuit que
du jour…