jeudi 23 septembre 2010

“La reine? Une servante plutôt, qui fait des enfants, des gâteaux, des chaussettes de laine... Une Pénélope tricotant sa patience pendant qu’Ulysse navigue entre les vignes, ou quand il est solidement amarré au port de sa cave. La vigneronne se demande parfois si elle ne manque pas un peu à cet Ulysse qui a pris l’habitude de passer au large. Elle le connaît bien. Est-ce le ciel embrumé de ses longs hivers? C’est vrai que le soleil d’un sourire est plutôt rare sur son visage. C’est vrai qu’il emploie des mots trop importants, des phrases définitives. Elle aurait envie d’ajouter quelque chose, de ces mots de femme qui n’engagent pas la responsabilité de la commune, des mots qui caressent, refont le printemps : visage, épaule, tu as mal?, tu es fatigué?, enfant, je t’aime bien quand-même... Seulement, voilà, ils ne viennent pas, ces mots qui accompagnent. Elle les garde pour elle, poursuivant son monologue silencieux là-haut, au niveau des cuisines et des chambres. Elle en ferait une chanson de sollicitude, si elle savait, pour lui dire qu’elle est à côté de lui, qu’elle le plaint parfois comme on plaint l’enfant. Même ces jours où lui, le roi fragile, refait le monde ou le district. Quand il est sûr de lui comme un pape et important comme une autoroute.”
Emile Gardaz

mardi 27 juillet 2010

Samedi 28 août : Sommet du Mont-Tendre
Jeudi 2 septembre : Romanel-sur-Morges
Vendredi 3 septembre : La Sarraz
Samedi 4 septembre : Cossonnay
Mercredi 8 septembre : Gimel
Jeudi 9 septembre : Bière
Vendredi 10 septembre : Etoy
Samedi 11 septembre : Aubonne
Mercredi 15 septembre : Colombier
Jeudi 16 septembre : Yens
Vendredi 17 septembre : Apples
Mercredi 22 septembre : Lonay
Jeudi 23 septembre : L'Isle
Vendredi 24 septembre : Eclépens
Samedi 25 septembre : Morges

lundi 26 juillet 2010

Trois roulottes : la pinte, le BAM et la CGN

Les passagers du bus d’Echandens ont pu suivre l’avancée des travaux en temps réel : devant la Voirie de Lonay, sous un soleil de plomb, le designer Sébastien Guénot en train de calligraphier le «P» de la roulotte qui accueillera la «Pinte vaudoise».
Ce réalisateur-scénographe-infographe-graphiste–peintre–sculpteur-décorateur est un habitué des «projets à la Demierre». En 2005, il construisait pour lui un poisson de trente mètres de long pour Le Gros poisson du lac de Ramuz, joué à Coppet ; il récidivait l’an dernier avec l’étonnant Garçon Savoyard, à Cully. Il fut aussi le créateur des costumes de Pierre et le loup (2006), des Moutons bleus (2008), à l'Opéra de Lausanne, et des Misérables (2009), au Théâtre de Beaulieu.
Une solide expérience donc, mais à l’entendre, Deux décis d’odyssée est peut-être son projet le plus… exposé. Comprenez, le plus riche en «sollicitations» : la bouteille de Philippe Guillemin, syndic de Lonay, celle du régisseur, celle du chef de la Voirie, celle de l’auteur… et une passante qui lui propose de racheter une roulotte pour en faire un bar !
Dans la roulotte du «BAM» peint également une charmante bénévole, Florence Bourgea (qui ne refusera pas ses Deux décis…), alors que devant la roulotte du bateau «Le Savoie» s’active, surprise !, un ancien élève, Antoine Sordet (venu ici gagner de quoi partir à son tour en Odyssée !).

mercredi 21 juillet 2010

Du concept de base… au fer à souder !

Si les gens ne vont pas au théâtre, c’est le théâtre qui ira aux gens ! L’Opéra de Lausanne a eu cette année la même idée : aller à la rencontre des spectateurs, comme vendredi dernier à Aubonne. Le spectacle Deux décis d’Odyssée fera encore plus fort, pariant sur le plein-air et aménageant ses scènes dans des roulottes.
Les roulottes, c’est une idée du metteur en scène Gérard Demierre, un éternel nostalgique des saltimbanques du XVIIe siècle qui dressaient leurs tréteaux au milieu des arracheurs de dents et des montreurs d’ours…
Seulement voilà. De l’étincelle de base à la concrétisation, il y a du chemin. Ainsi, Fabienne Aeby, administratrice communale à Lonay, s’est offerte pour démarcher les constructeurs de la région et trouver trois roulottes de chantier d’occasion. Ainsi, Olivier Burnet, chef de la Voirie de Lonay, et Etienne Guggisberg se sont creusé la tête pour trouver le moyen de fabriquer trois scènes «à bascule», solides, efficaces, esthétiques…
Et se souvenir du metteur en scène expliquant au constructeur qu’il ne faut jamais prononcer le mot «corde» (au théâtre, ça porte malheur, il faut dire «guinde»), que celui qui le dit doit payer la tournée… Et de une, et de deux tournées pour un spectacle qui n’a pas fini de souder des univers hétéroclites !

mardi 13 juillet 2010

Un spectacle sur mesure !

«Société des Amis du district de Cossonay», ironiquement inscrit aux murs de la cantine du Pré-aux-Moines, le lieu qui accueille les premières répétitions de Deux décis d'odyssée, le spectacle de la Fête du nouveau district… de Morges !
Le plus dur semblait réalisé : dénicher un local assez grand pour héberger trois roulottes et bloquer plusieurs semaines dans l’agenda d’artistes sollicités. Ne restait qu’un petit détail… de taille ! Les portes de cette cantine justement. Toutes trop petites. Après maints essais, enfin, là, une porte coulissante haute de 3m26… pour des roulottes mesurant 3m25 ! Oui, du sur mesure.
Pouvait alors se déployer l’alchimie des voix et des gestes, la convergence de talents hétéroclites. Ainsi, des chanteurs dits «classiques», Catherine Cruchet, Katja Trayser, Christian Baur ou Jean-Daniel Estoppey, agréablement chahutés par le timbre oriental et gitan de Nathalie El-Baze, par la fantaisie de Frédéric Brodard, issu du monde des comédies musicales. Ainsi, le comédien Sandro Santoro, formé à l’école Dimitri, défenseur du théâtre non verbal, se retrouvant… récitant (certes un récitant hyperactif !), et Yvan Barbay, réputé pour son légendaire bagou, plongé dans un rôle… de mime!
Que cela ne tienne, Barbay se lâchera lors de la «troisième mi-temps», au Café de la Poste (ou serait-ce au pub du coin ?), demandant si le tableau intitulé «Les quais de la Coquette» ne contiendrait pas, par hasard, une vilaine contrepèterie...

vendredi 9 juillet 2010

Eh, tiens à boire !, la caravane passe…

Pourtant, la séance s’annonçait sérieuse. Des gens à l’heure, rapidement mis en branle par un préfet efficace, et des bouteilles d’Henniez verte «légère» sur les tables.
La séance d’information pour les 15 villages qui accueilleront le spectacle Deux décis d'odyssée s’annonçait sérieuse, mais très vite les questions enthousiastes ont fusé ! Est-ce dû à la convivialité du lieu, la pinte de Michel Perey, vigneron à Vufflens et caissier du Comité d’organisation ? Au bronzage du metteur en scène Gérard Demierre, de retour d’un stage de théâtre d’ombres en Indonésie ? Aux légendaires claquements de sabots du régisseur Philippe Laedermann ? Au Messager boiteux qui annonce un mois de septembre radieux ?...
Les villages découvrent leur «cahier des charges» : accueillir entre 200 et 400 spectateurs, trouver 3 tracteurs pour chercher les roulottes dans le village de la représentation précédente et fournir de quoi contenter ceux qui, après le spectacle, voudraient boire plus que «deux décis»…
Le reste de la logistique se règlera ultérieurement, sur place. A l’image d’une désormais mythique rencontre à la buvette du Mont Tendre, en présence du duo de choc Demierre-Laedermann, d’Yvan Barbay (l’Ulysse du spectacle) et de Michel Desmeules, syndic de Montricher. A l’issue d’une fondue aussi ensoleillée qu’arrosée, ledit syndic aurait lâché : «si la Fête ressemble à cette séance de coordination, ça promet ! ».

vendredi 2 juillet 2010

On the road again !

Il y a bientôt trois millénaires vivait Homère, auteur de L’Odyssée, l’évangile de tout voyageur. Il y a un demi-siècle voyait le jour à Morges Sacré Ulysse, un spectacle d’Emile Gardaz et de Gérald Zambelli créé pour l’Exposition Nationale de 1964 et rejoué… jusqu’en Grèce !
Il faut parfois lorgner dans le rétroviseur, pour mieux se projeter dans l’avenir. Du 28 août au 25 septembre prochain, de Bière à La Sarraz, d’Aubonne à Cossonay, tout le district boira à la santé d’Homère, de Gardaz, de Zambelli, de la Route, du Vin, des Femmes et du pays morgien !
Déambulant de village en village, emmenant avec elles tout ce qu’un lieu bien habité contient de bonne humeur, les trois roulottes du spectacle Deux décis d’odyssée raconteront le retour d’Ulysse.
Intacts, les quais de sa Coquette, son train vert blindé de militaires, sa vigne, sa pinte. Mais pas de Pénélope. Elle aurait, dit-on, choisi la vie de château… Rebelote donc pour Ulysse ! En route pour les châteaux de la région morgienne ! Vingt-sept en tout...
À ce propos, sauriez-vous lequel de ces châteaux abritait naguère Jean Villard-Gilles, André Gide, l’inventeur du velcro, un chanteur d’opéra de renom ou l’un des fondateurs de la Croix-Bleue ? Réponse le 28 août au sommet du Mont Tendre !

jeudi 24 juin 2010

Le foot à la télé interdit aux moins de 16 ans...

Dites, à quoi bon vous casser la nénette à éduquer vos petits êtres humains si, entre deux coups de sifflet, les idoles de la Coupe foutent tout en l'air?

Ce tournoi - piètre commedia dell'arte à gros budget - est en effet celui de l'agressivité, du simulacre et de la vulgarité. Pas bien de frapper: le vilain coup de pied du Nigérian Kaita (menacé de mort ensuite par ses supporters suite à son expulsion...). Pas bien de tricher: le cou de coude feint de l'Ivoirien Keita face au Brésilien Kaka (et les simulations suisso-chiliennes...). Pas bien d'être grossier: «Va te faire enculer, sale fils de pute», titrait en Une L'Equipe du 19 juin suite aux insultes du Français Anelka (la première fois qu'un Noir est expulsé d'Afrique vers l'Europe...).

Et puis, d'un autre côté, on se dit qu'il faudrait imposer la Coupe aux petits êtres humains, car elle offre une initiation aux règles du jeu de notre société moderne:

Précarité. On peut être le héros d'une nation, numéro 10, la veille, et l'ennemi public numéro 1 le lendemain. L'industrie du sport sait en effet fabriquer des stars avec des jeunes mal formés, infantilisés, aliénés, surprotégés, incapables d'éviter les pièges de la réussite éclair.

Injustice. On peut filtrer le brouhaha des vuvuzelas, mais on peine à effacer la déception des Africains (dont la FIFA avait promis que ce serait «leur» Coupe), presque tous éliminés prématurément, par manque de pragmatisme, par manque d'argent surtout. Dura lex sed lex : un Africain qui réussit est un Africain qui a quitté son continent pour adopter la nationalité du premier club venu.

Frilosité. Les gagnants de cette Coupe sont les fourmis qui barricadent leur surface de réparation, pas les cigales qui se font plaisir. Ainsi, en pleine crise contre l'Espagne (qui se souviendra bientôt qu'elle est, elle, vraiment en crise...), la Suisse a tiré son épingle du jeu en misant sur un froid hermétisme ponctué de lâches estocades.

Immigration. Touche positive enfin. La Coupe rappelle les atouts du métissage. La Suisse redevient une terre d'immigration et d'asile ouverte aux «secondos» et aux «terzos». La preuve par neuf: Behrami (Serbie), Benaglio (Italie), Derdiyok (Turquie), Fernandes (Cap Vert), Inler (Turquie), Nkufo (Zaïre), Yakin (Turquie), Vonlanthen (Colombie) et Senderos (Espagne). Jamais la Suisse ne serait ce qu'elle est (qualifiée à la Coupe) sans eux.

(publié dans Le Nouvelliste)

mardi 22 juin 2010

«Pays de continuité et de lente tradition»...

Samedi dernier, flânant parmi les bouquinistes du marché de la Riponne, je suis tombé sur un petit livre écrit en 1952 par Emmanuel Buenzod sobrement intitulé Morges. On y trouve des phrases délicieuses : «c’est ici un pays de petite histoire, un pays de continuité et de lente tradition».
C’est un texte qui a vieilli, bercé par les remugles héroïques de la Mob, célébrant la «sagesse placide» et la «diffuse mélancolie» des Morgiens. C’est malgré tout un texte qui questionne : «la prudence, la bonhommie, la malice du paysan vaudois n’exprime qu’une part de sa nature, laquelle est à la ressemblance du pays, c'est-à-dire à la fois tenace et ouverte, laborieuse et bizarrement disponible, attentive et pourtant en instance d’évasion».
Evasion. Fait d’échapper au quotidien. Et pourtant. Chaque fois que je fréquente la gare de Morges, je ressens le même serrement de cœur, j’ai mal à cette jeunesse agglutinée sur la place, à la terrasse d’un fast-food, fumant des clopes pour se désennuyer, s’évader un peu, oublier le décor, ce temple austère, cette autoroute, ce musée militaire.
«On comprendrait mal certaine lenteur, certaine prudence, certain conservatisme inhérent à l’esprit de la cité, si l’on ignorait que Morges, Morges-l’Orgueilleuse, Morges-la-Coquette, la Weimar de la Suisse romande, vit avant tout de son arrière-pays», poursuit Emmanuel Buenzod.
Il avait raison. Il faut écouter l’«arrière-pays», ces villages qui jouxtent Morges. Dans le désordre et sans être exhaustif : à Denens, le Berles Rock Festival (30-31 juillet), à Villars-sous-Yens, le Giron des Jeunesses de l'Aubonne (8-11 juillet), à Saint-Prex, le Festival de chant, musique et danse (20-28 août), à Echandens, un Caveau que le chanteur Sarclo avait élu «meilleure salle de Suisse romande», à Préverenge… sa plage, ce joyeux remue-ménage qui fait un bien fou à toute une région, jeunesse comprise (et merde pour ces quelques propriétaires aux narines et aux tympans chatouilleux, non ?).
Puisse-t-on parfois troquer la prudence contre ce qu’il faut de disponibilité pour que l’évasion ne soit plus un luxe.
(publié dans le Journal de Morges)

dimanche 13 juin 2010

Pourtant, que la montagne est belle...

Si on lui avait laissé le choix, il aurait préféré ne pas avoir à renverser une «boîte à meuh» pour que le petit puisse entendre un meuglement de vache. L'emmener là-haut, lui expliquer que le lait est tiré de ces tétines-là, grâce au savoir-faire de ce vacher-ci, lui montrer comment l'herbe fraîche dans laquelle il joue devient fromage à pâte dure.

Lui faire comprendre que la paysannerie n'est pas une industrie comme les autres, qu'être paysan, c'est moins un métier qu'un mode de vie, que la montagne sans les bêtes, ce n'est plus la montagne.

Cela, c'était un peu avant la disneylandisation des Alpes, cette place de jeu grandeur nature offerte en défouloir à tout un continent, avant cet objet marketing, le drapeau rouge à croix blanche, ce que la ville dit être authentique, avant le réduit national des offices de tourisme, avant les paires de bâtons télescopiques, le trekking en compagnie de lamas et les nuits sous des yourtes mongoles, avant que les vachers polonais se fassent photographier par des touristes hollandais qui auraient tant voulu pour leur fin de semaine de la neige dans les hauteurs et du soleil autour du lac.

Aujourd'hui, ne subsistent que de beaux livres illustrés, les cornes limées des reines de Martigny et le calendrier 2010 des paysannes suisses.

Heidi salue, «standing ovation» à la fin de sa comédie musicale.

Il n'y a plus rien dans les Alpes d'essentiel. C'est du relief qui traverse l'Europe, en se foutant des frontières.

L'amour de la montagne, la déclinaison de ses sommets, la méditation, le bon air, le silence... La montagne, c'est de la tectonique, rien de plus.

Alors à quoi bon se plier en quatre pour un consommateur qui ne sait plus différencier un produit industriel d'un produit artisanal? Le fromage importé ne nourrit-il pas tout autant?

Et vous, paysans pleurnichards, dites, qui a vendu les terrains où se sont construits les grands hôtels?

Dans le séjour douillet d'une maison de retraite, près d'une fenêtre ouverte, un vieux vacher en roule une. Il a vu se construire les remontées mécaniques. Il a vu le prix du litre de lait passer sous la barre de 1 franc. Il a vu se construire la route goudronnée. Il a vu monter la première bétaillère. Il a vu la forêt remplacer ses pâturages.

En parcourant des yeux la montagne, il ne se souvient pourtant que des bons moments.

(publié dans Le Nouvelliste)